La normalisation arméno-turque : une percée ou une continuation de la réconciliation non linéaire ? Sur les résultats de la visite d’Ararat Mirzoyan en Turquie. Ankara ne renoncera pas à son soutien à Bakou et ne liera pas les conditions de normalisation et de réconciliation avec l’Arménie au processus de paix arméno-azéri.

Le processus de normalisation arméno-turc représente-t-il une percée ou la poursuite d’une réconciliation non linéaire ? La question qu’il faut se poser est là. « Les entretiens entre les ministres des Affaires étrangères d’Arménie et de Turquie, Ararat Mirzoyan et Mevlut Cavusoglu, ont eu lieu le 15 février. Tant à la veille de cet événement qu’immédiatement après, les commentaires optimistes n’ont pas manqué dans les médias. Toivo Klaar, représentant spécial de l’UE pour le Caucase du Sud, a même qualifié la visite d’Ararat Mirzoyan à Ankara d’”historique” », publie Sergey Markedonov, l’un des principaux chercheurs au Centre pour la sécurité euro-atlantique du MGIMO (Moscou) du ministère russe des Affaires étrangères sur Telegram.

« Cependant, les négociations sont arrivées à leur terme. Et nous n’avons rien entendu d’autre qu’une nouvelle déclaration sur le “désir” d’une ouverture totale de la frontière terrestre et l’établissement de relations diplomatiques. S’agit-il d’une nouvelle répétition d’attentes exagérées, de la pensée des experts ? Ou bien les relations bilatérales s’améliorent-elles vraiment pas à pas et toute accélération artificielle du processus est-elle inutile ? » a-t-il posté sur Telegram.

Selon l’expert russe, la visite d’Ararat Mirzoyan était radicalement différente de sa visite en Turquie l’année dernière. Ce pays avait survécu à un terrible tremblement de terre, un événement qui englobait à la fois une tragédie humaine et des catastrophes sociales, ainsi que des défis sociopolitiques. Erevan n’est pas restée silencieuse dans ces circonstances ; des colis humanitaires et de secours ont été envoyés au pays voisin. Déjà à Ankara, M. Mirzoyan a présenté ses condoléances aux citoyens et aux autorités turques. Il a ensuite rencontré les membres de l’équipe de secours arménienne, qui travaille dans la ville sinistrée d’Adıyaman, dans le sud-est de la Turquie. Les gestes d’Erevan ont également été accueillis positivement à Ankara.

Il estime que le contexte émotionnel et psychologique est une condition préalable importante pour le succès des négociations et l’obtention de compromis et de concessions mutuellement bénéfiques. Toutefois, ce n’est pas le seul facteur déterminant en politique. L’Arménie et la Turquie sont des voisins. Pour eux, la normalisation n’est pas un luxe, c’est la condition la plus importante pour la sécurité et le développement. Mais aujourd’hui, il n’y a pas de relations diplomatiques